« L’aliment le plus mortel au monde » tue plus de 200 personnes par an, mais des millions de personnes continuent d’en consommer.

Publié le 16 janvier 2026

On l’imagine nourrissant, naturel, presque rassurant. Et pourtant, cet aliment du quotidien, présent dans l’assiette de centaines de millions de personnes, cache une réalité méconnue qui surprend même les plus averties.

Un aliment indispensable dans de nombreuses régions du monde

Le manioc est une racine féculente cultivée depuis des siècles dans les régions tropicales. Résistant à la sécheresse et capable de pousser dans des sols pauvres, il constitue une source essentielle d’énergie pour de nombreuses populations. En Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie, il est transformé en galettes, en farines, en bouillies ou encore en perles de tapioca.

Pour beaucoup de familles, le manioc n’est pas un choix alimentaire tendance mais une nécessité. Il nourrit, il rassasie et soutient les périodes difficiles lorsque d’autres cultures échouent. C’est précisément ce rôle vital qui explique sa consommation massive.

Pourquoi parle-t-on d’un aliment “dangereux” ?

Le manioc n’est pas toxique par nature lorsqu’il est correctement préparé. Le problème apparaît lorsqu’il est consommé cru ou insuffisamment transformé. Cette racine contient naturellement des substances de défense qui, sans préparation adéquate, peuvent devenir nocives pour l’organisme.

Selon les données relayées par l’Organisation mondiale de la santé, des intoxications liées à une mauvaise préparation du manioc sont encore signalées chaque année, notamment dans les zones confrontées à l’insécurité alimentaire. Ce n’est donc pas l’aliment en lui-même qui pose problème, mais les conditions dans lesquelles il est consommé.

Quand la précarité augmente les risques

En période de pénurie ou de crise, certaines populations écourtent les étapes de préparation, faute de temps, d’eau potable ou de ressources suffisantes. Or, le manioc nécessite des gestes précis et successifs pour être consommé sans risque. Lorsqu’ils ne sont pas respectés, les effets peuvent être sérieux et durables, notamment sur le système nerveux.

C’est pourquoi les spécialistes insistent sur un point clé : le danger n’est ni systématique ni inévitable. Là où les savoir-faire traditionnels sont respectés et transmis, les incidents restent rares.

Les gestes clés pour consommer le manioc sans inquiétude

La bonne nouvelle, c’est que des méthodes simples permettent de rendre le manioc parfaitement consommable. Ces pratiques, souvent ancestrales, sont aujourd’hui validées par les experts :

  1. Éplucher soigneusement la racine, car la peau concentre une grande partie des substances indésirables.
  2. Faire tremper le manioc pelé dans de l’eau pendant un à deux jours, en renouvelant l’eau régulièrement.
  3. Cuire longuement à l’eau bouillante avant toute consommation.
  4. Le faire fermenter dans certaines préparations traditionnelles, une méthode particulièrement efficace.

Ces étapes, réalisées dans cet ordre, réduisent fortement les composés problématiques et rendent l’aliment sûr.

Pourquoi continue-t-on à en manger malgré tout ?

Parce que le manioc présente aussi de nombreux atouts. Il est rassasiant, polyvalent, naturellement sans gluten et riche en glucides complexes. Bien préparé, il apporte de la vitamine C, du potassium et contribue au confort digestif grâce à son amidon résistant.

En cuisine, il se décline sous de multiples formes : pains plats, purées, desserts, frites ou tapioca. Son goût neutre lui permet de s’adapter aussi bien aux plats salés qu’aux recettes sucrées.

Un équilibre entre tradition et information

Cette situation rappelle une évidence : naturel ne signifie pas automatiquement sans danger. Comme beaucoup d’aliments traditionnels, le manioc demande du respect, du temps et un minimum de connaissances. Là où ces savoirs sont transmis, il reste un pilier alimentaire précieux.

Plutôt que de diaboliser cet aliment, les experts appellent à renforcer l’information et l’éducation alimentaire, afin que chacun puisse continuer à en bénéficier sans risque inutile.

Car au fond, le manioc n’est ni un ennemi ni un aliment miracle, mais un rappel essentiel : bien manger commence toujours par bien comprendre ce que l’on met dans son assiette.