Succession : est-il possible de déshériter des enfants qui ont coupé les ponts ?

Ils ne téléphonent plus. Ne passent plus aux fêtes. Parfois, cela fait des années que le silence s’est installé. Quand la relation parent-enfant se brise, la douleur est immense… et une question finit souvent par surgir, aussi taboue que légitime : « Puisqu’ils ne veulent plus de moi, puis-je les déshériter ? »
La réponse, en France, est plus complexe qu’on ne l’imagine — et souvent très éloignée de ce que l’on croit, même en cas de rupture familiale durable.
Peut-on vraiment déshériter ses enfants en France ?

Contrairement à certains pays étrangers, le droit français est très protecteur envers les enfants. Même en cas de conflit profond ou de rupture totale, il est impossible de déshériter totalement ses enfants.
La loi prévoit ce que l’on appelle la réserve héréditaire. Concrètement, chaque enfant est considéré comme un héritier réservataire : une part minimale de votre patrimoine lui revient obligatoirement, quoi qu’il arrive, même s’il ne vous parle plus depuis des années.
Cette part minimale représente :
- 50 % du patrimoine si vous avez un enfant,
- ⅔ du patrimoine à partager entre deux enfants,
- ¾ du patrimoine à partager entre trois enfants ou plus.
La partie restante, appelée quotité disponible, est la seule dont vous pouvez disposer librement.
Autrement dit, en France, le silence, l’éloignement ou même l’ingratitude ne suffisent pas à exclure un enfant de la succession.
La rupture familiale n’est pas un motif légal

C’est souvent la plus grande incompréhension pour les parents concernés :
ne plus donner de nouvelles, ne plus venir voir ses parents ou couper tout lien affectif n’est pas un motif légal de déshéritement.
Même si la situation est humainement douloureuse, la loi distingue très clairement le lien juridique du lien affectif. L’héritage ne sanctionne pas l’absence d’amour ou de présence.
Les seuls cas où un enfant peut être exclu
Il existe toutefois des situations exceptionnelles, très rares, dans lesquelles un enfant peut perdre ses droits successoraux. On parle alors d’indignité successorale.
Cela concerne uniquement des faits d’une extrême gravité, comme :
- une atteinte volontaire à la vie du parent,
- des violences graves ou répétées,
- des faits pénalement reconnus comme des dénonciations calomnieuses ou des sévices majeurs.
Et même dans ces cas, rien n’est automatique : une décision de justice est indispensable, avec des preuves solides. La simple mésentente familiale n’entre jamais dans ce cadre.
Peut-on malgré tout réduire la part d’un enfant ?
Oui, et c’est souvent là que se trouvent les véritables solutions — légales et sécurisées.
Utiliser la quotité disponible
La part de votre patrimoine qui n’est pas réservée aux enfants peut être transmise librement : à un autre proche, à un conjoint, à une personne de confiance ou même à une association.
C’est le principal levier pour avantager certains bénéficiaires sans enfreindre la loi.
L’assurance-vie, un outil clé
Souvent méconnue, l’assurance-vie permet de transmettre un capital hors succession, dans certaines limites. Les sommes versées au bénéficiaire désigné ne sont pas intégrées au partage classique, sauf en cas d’exagération manifeste.
C’est une solution fréquemment utilisée lorsque les relations familiales sont tendues.
Anticiper avec un notaire
Dans ces situations sensibles, l’accompagnement d’un notaire est essentiel. Il pourra vous orienter vers des solutions adaptées : donations, legs ciblés, démembrement de propriété… tout en limitant les risques de contestation ultérieure.
Une décision qui mérite réflexion
La question de la succession est souvent chargée d’émotions, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans une histoire de blessures et de silences. Mais en matière d’héritage, l’émotion ne suffit jamais : seule la loi fait foi.
Anticiper, s’informer et se faire conseiller permet de reprendre un peu de contrôle, même lorsque le dialogue est rompu — et d’éviter que les conflits d’aujourd’hui ne deviennent les litiges juridiques de demain, en protégeant vos droits successoraux.









