Le chef d’un centre de soins palliatifs révèle le dernier repas le plus demandé par les patients

Publié le 26 janvier 2026
Le chef d’un centre de soins palliatifs révèle le dernier repas le plus demandé par les patients

Il suffit parfois d’une odeur, d’une bouchée ou d’un plat familier pour faire remonter à la surface une vague de souvenirs. Dans les moments les plus fragiles de la vie, la nourriture prend une dimension bien plus profonde que celle de l’alimentation. Elle devient un langage du cœur, une façon de dire « je suis là », même quand les mots manquent. Dans certains centres de soins palliatifs, cette vérité est prise très au sérieux, au point de transformer la cuisine en véritable geste d’accompagnement.

Quand cuisiner devient un privilège

Pour Spencer Richards, chef à Sobell House, préparer des repas pour des personnes en fin de vie n’est pas un simple métier, mais une vocation. Il le dit lui-même : servir un dernier repas est l’un des plus grands honneurs qu’un chef puisse recevoir. Ici, la carte s’adapte entièrement aux envies des patients, même les plus inattendues. Cuisine de rue, desserts d’enfance ou plats très simples, tout est pensé pour respecter les goûts et les émotions de chacun, dans une approche profondément humaine de la cuisine en soins palliatifs.

Le plat le plus demandé, contre toute attente

On pourrait imaginer que les patients réclament des recettes sophistiquées ou des mets symboliques. Pourtant, la demande la plus fréquente n’est ni un plat gastronomique ni une spécialité régionale. Ce sont… les gâteaux d’anniversaire. Peu importe l’âge, qu’il s’agisse d’une personne de 21 ans ou de 93 ans, souffler des bougies et voir arriver un gâteau décoré reste un moment incroyablement fort. Pour certains patients, c’est même le tout premier anniversaire célébré de cette façon. Des instants simples, mais chargés d’émotion, qui redonnent une place à la joie et à la reconnaissance.

Adapter la cuisine aux sensations

En fin de vie, manger peut devenir compliqué. Les goûts changent, certaines textures sont difficiles à accepter et l’appétit se fait discret. Le rôle du chef est alors d’adapter les recettes avec douceur : moins de sel, des saveurs plus rondes, des plats faciles à savourer. Les desserts occupent souvent une place particulière, car le sucré reste plus facilement apprécié. Inspiré par la cuisine française, Spencer Richards propose des textures fondantes, présentées avec soin, même lorsque le patient ne peut en goûter que quelques cuillerées.

Quand la nourriture touche aussi les familles

Ce qui marque le plus le chef, ce sont souvent les retours des proches. Des familles qui reviennent des mois plus tard pour remercier l’équipe, parfois autour d’un repas partagé, parfois simplement avec des mots. Ces gestes rappellent que la nourriture ne nourrit pas seulement le corps, mais aussi les liens. Un plat préparé avec attention devient un souvenir commun, un moment gravé dans la mémoire collective.

Le plaisir comme source de réconfort

En France aussi, cette approche existe. Virginie Guastella, responsable de l’unité de soins palliatifs du CHU de Clermont-Ferrand, défend l’idée que les plaisirs simples ont toute leur place dans l’accompagnement. Dans son service, on va jusqu’à proposer un bar à vin adapté, permettant aux patients de savourer un petit plaisir familier. L’objectif n’est jamais l’excès, mais la dignité, la normalité et le lien social, au cœur de l’accompagnement de fin de vie.

Plus que manger, partager

Pour beaucoup de personnes en fin de vie, le repas est avant tout un moment de partage. Être entouré, sentir une présence bienveillante, évoquer des souvenirs autour d’un plat connu compte parfois plus que la nourriture elle-même. Les soignants soulignent combien cuisiner ensemble, même simplement, peut apaiser et créer un climat de douceur. Une purée, une soupe, une glace… ces plats modestes deviennent des passerelles vers des souvenirs heureux.

Dans ces lieux où chaque instant compte, un gâteau, une cuillère de dessert ou un repas partagé suffisent parfois à rappeler que l’amour et la chaleur humaine passent aussi par l’assiette.