Photos de voleurs présumés affichées dans un supermarché : un commerçant de Creil devant la justice

Publié le 21 octobre 2026
Photos de voleurs présumés affichées dans un supermarché : un commerçant de Creil devant la justice

Imaginez entrer dans votre supermarché habituel et tomber nez à nez avec le visage de votre enfant affiché sur une pancarte. C'est exactement ce qu'a vécu une famille de Creil, dans l'Oise, au printemps 2024. Derrière cette histoire qui fait réfléchir, une question brûlante : jusqu'où un commerçant peut-il aller pour se défendre contre les vols à répétition ? La réponse est en train de se jouer devant les tribunaux.

Ras-le-bol des vols : quand les commerçants passent à l’action

Les vols en magasin, c’est un fléau que beaucoup de commerçants vivent au quotidien. Pertes financières, stress, sentiment d’impuissance… La frustration s’accumule. Et certains décident de prendre les choses en main, parfois de façon radicale.

C’est dans cet état d’esprit qu’au Leader Price de la Zac du Moulin à Creil, le 23 avril 2024, des photos issues de la vidéosurveillance du magasin ont été imprimées et affichées directement à l’intérieur de l’enseigne. L’objectif affiché : identifier et dissuader les personnes soupçonnées de vol. Une initiative qui peut sembler compréhensible au premier abord… mais qui pose de sérieux problèmes sur le plan légal et éthique.

Un enfant de 11 ans reconnu sur l’une des photos

Ce qui devait rester une mesure de protection interne a rapidement dérapé. Parmi les clichés non floutés affichés en plein magasin, une famille creilloise a eu la surprise, et surtout le choc, de reconnaître leur enfant âgé de seulement 11 ans.

Exposer ainsi le visage d’un mineur, sans aucune précaution, sans floutage, dans un espace public accessible à tous les clients : la famille n’a pas laissé passer cela. Et on les comprend. La colère a été immédiate, et les recours juridiques ont suivi.

Ce que dit la loi sur l’affichage de photos issues de vidéosurveillance

En France, utiliser des images de vidéosurveillance pour les afficher publiquement sans autorisation est strictement encadré. Ces données sont considérées comme des données personnelles, protégées par le RGPD et la loi Informatique et Libertés. Les diffuser sans consentement, même pour dénoncer un acte répréhensible, peut constituer une infraction.

Concernant un mineur, la protection est encore plus forte. Exposer le visage d’un enfant de 11 ans dans un lieu passant, sans floutage ni précaution, est qualifié dans cette affaire de « procédé particulièrement dégradant ». Le commerçant est aujourd’hui poursuivi en justice, et l’affaire soulève un vrai débat de société.

Entre légitime défense commerciale et droits fondamentaux

On peut comprendre l’exaspération des commerçants. Les vols à répétition épuisent, coûtent cher et semblent parfois rester sans réponse. Mais la justice rappelle ici une ligne claire : se faire justice soi-même, même avec de bonnes intentions, ne dispense pas de respecter les droits des autres, en particulier ceux des enfants.

Des solutions existent : signalement aux autorités, dépôt de plainte systématique, collaboration avec les forces de l’ordre ou encore recours à des agents de sécurité. Des voies qui protègent sans exposer.

Protéger son commerce, oui — mais jamais au détriment des droits fondamentaux de chacun.