Cancer du pancréas : cette trithérapie révolutionnaire fait disparaître les tumeurs chez la souris

Publié le 9 octobre 2026
Cancer du pancréas : cette trithérapie révolutionnaire fait disparaître les tumeurs chez la souris

Chaque année en France, près de 16 000 personnes reçoivent un diagnostic de cancer du pancréas. Un chiffre qui pèse lourd, d'autant que cette maladie est souvent détectée tard, progressant longtemps dans l'ombre. Résultat : les traitements peinent à faire la différence. Mais une équipe de chercheurs espagnols vient peut-être de réécrire les règles du jeu avec une stratégie thérapeutique inédite. Et les résultats sont tout simplement stupéfiants.

Le gène KRAS, ce chef d’orchestre qu’on n’arrivait pas à faire taire

Tout commence par un constat bien connu des spécialistes : dans environ 90 % des cancers du pancréas, un gène appelé KRAS est muté. Ce gène agit comme un chef d’orchestre déréglé, activant en continu la prolifération des cellules cancéreuses. Le problème ? Quand les médecins tentaient de le bloquer avec un seul médicament, les cellules cancéreuses trouvaient rapidement une porte de sortie. En quelques mois, elles développaient des résistances. Et le traitement perdait toute efficacité.

C’est exactement ce verrou que l’équipe du Dr Mariano Barbacid, au Centre National de Recherches Oncologiques de Madrid, a décidé de forcer. Leur idée : ne plus attaquer un seul point, mais verrouiller simultanément trois points différents de la voie de signalisation de KRAS. Comme ils l’expliquent eux-mêmes : * »C’est comme fixer une poutre au plafond à trois points distincts au lieu d’un seul. Cela la rend beaucoup plus difficile à briser. »* Une image simple pour une stratégie brillante.

Une trithérapie qui fait disparaître les tumeurs sans abîmer l’organisme

Concrètement, cette approche repose sur la combinaison de trois agents complémentaires : le daraxonrasib, un inhibiteur direct de KRAS ; l’afatinib, déjà utilisé dans certains cancers du poumon ; et le SD36, un dégradeur de protéines. Ensemble, ils forment un trio redoutable.

Testée sur trois modèles de souris différents — dont certaines portaient des tissus tumoraux humains — cette trithérapie a provoqué une régression significative et durable des tumeurs. Et ce, sans toxicité importante pour l’organisme. Autrement dit, les chercheurs ont réussi à frapper fort contre les cellules cancéreuses sans endommager les cellules saines. Un équilibre que la chimiothérapie classique, utilisée depuis plus de 50 ans, n’avait jamais vraiment trouvé.

Un espoir immense, mais encore quelques étapes à franchir

Évidemment, il faut garder la tête froide. Le Dr Barbacid lui-même tient à tempérer l’enthousiasme : * »Bien que nous n’ayons jamais obtenu de résultats expérimentaux comme ceux-ci auparavant, nous ne sommes pas encore en mesure de mener des essais cliniques avec cette triple thérapie. »*

Le chemin entre une souris guérie en laboratoire et un traitement disponible à l’hôpital reste long. Il faudra optimiser les dosages, vérifier la tolérance chez l’humain, et passer par plusieurs phases d’essais cliniques. Les experts parlent de plusieurs années encore avant une éventuelle application médicale.

Mais ce qui change tout, c’est la preuve apportée par ces travaux : la résistance tumorale n’est pas une fatalité. En démontrant qu’on peut contourner les mécanismes d’adaptation du cancer, les chercheurs du CNIO ouvrent une porte que beaucoup croyaient fermée pour longtemps.

Pour des milliers de patients et leurs proches, cette découverte représente quelque chose d’infiniment précieux : une raison concrète d’espérer.