Mes enfants ne me parlent plus : ai-je le droit de les déshériter ?

Vous n’avez plus de nouvelles de vos enfants, et la blessure est si profonde que la question finit par surgir, presque malgré vous : « S’ils m’ont rayé de leur vie, puis-je les rayer de mon héritage ? » On culpabilise, on s’emporte, on hésite… et surtout, on se perd dans les idées reçues. Car entre ce qu’on a “entendu dire” et ce que la loi autorise réellement, il existe souvent un fossé.
Peut-on vraiment déshériter ses enfants en France ?

En France, les enfants sont protégés par le principe de la réserve héréditaire : quoi qu’il arrive, une part minimale de votre patrimoine leur revient. Autrement dit, vous ne pouvez pas les exclure totalement de votre succession, même en cas de rupture familiale profonde.
La part dite “réservée” dépend du nombre d’enfants :
- 1 enfant : il doit recevoir au minimum la moitié de la succession.
- 2 enfants : ils se partagent au moins les deux tiers.
- 3 enfants ou plus : ils se partagent au moins les trois quarts.
Le reste du patrimoine correspond à la quotité disponible : c’est la part dont vous pouvez disposer librement, au profit de la personne ou de l’organisme de votre choix.
“Et s’ils ont été odieux ?” Les rares exceptions qui existent

On entend parfois dire que le manque de respect ou la rupture de contact permet de déshériter un enfant. En réalité, le simple fait de ne plus se parler ne suffit pas.
Il existe des situations très exceptionnelles, strictement encadrées par la loi, dans lesquelles un héritier peut être écarté, notamment via le mécanisme de l’indignité successorale. Cela concerne des comportements d’une gravité extrême envers le parent et suppose une procédure juridique lourde, fondée sur des conditions précises.
En clair : pour la grande majorité des familles en conflit, on est très loin de ces cas de figure.
Ce que vous pouvez faire, légalement, pour reprendre la main

Family law. Judge with book sitting at white wooden table, focus on figure of parents and children
Même s’il est impossible de “rayer” totalement un enfant de sa succession, certains leviers existent.
1) Utiliser la quotité disponible de manière réfléchie
Vous pouvez choisir de transmettre cette part à :
- un autre enfant, si vous en avez plusieurs,
- votre conjoint ou conjointe, selon votre situation familiale,
- une personne de confiance,
- une association qui vous tient à cœur.
2) Rédiger un testament clair et juridiquement solide
Un testament rédigé sans notaire est autorisé, à condition de respecter des règles strictes : il doit être entièrement écrit à la main, daté précisément et signé.
En pratique, si votre objectif est d’éviter toute contestation ultérieure, le recours à un notaire reste la solution la plus sécurisante.
3) Anticiper avec des donations, dans les limites légales
Donner de votre vivant peut permettre d’organiser votre patrimoine. Attention toutefois : si ces donations portent atteinte à la réserve héréditaire, elles pourront être réintégrées et rééquilibrées au moment de la succession.
Le piège émotionnel : décider sous la colère
Lorsque le silence ou le rejet d’un enfant fait souffrir, l’envie de “punir” est humaine. Mais une succession se règle en droit, pas sous le coup de l’émotion. Un testament rédigé dans la colère peut produire l’effet inverse de celui recherché : conflits, procédures judiciaires et ruptures définitives.
Si cela est possible, une médiation familiale, même brève, peut parfois apaiser la situation ou, à défaut, vous aider à prendre des décisions plus sereines.
Une succession en France bien préparée est aussi un dernier geste envers soi-même : celui de protéger l’essentiel, sans laisser la douleur décider à votre place.









